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vendredi, 08 avril 2005

Anachronique


Hors du temps, ou plus exactement hors de leur temps, tels sont les anachroniques.

Renaud Camus a longtemps nourri un fantasme d’exposition de peintres anachroniques, fantasme que l’on retrouve régulièrement dans ses Journaux autour de 1990. Dans cette exposition aurait pu figurer, en position centrale, peut-être, tant il est l’archétype de l’anachronique, Alessandro Magnasco, peintre génois à la charnière entre les XVIIe et XVIIIe siècles (1667-1749).
Parmi les peintres régulièrement cités par Camus (Cecco Bravo, Luca Cambiaso, Mastelletta, fra Galgario), c’est le seul dont j’ai pu voir les œuvres, notamment les deux scènes de galériens du musée des Beaux-Arts de Bordeaux (L’arrivée des galériens dans la prison de Gènes et L’embarquement des galériens dans le port de Gènes).


Et en effet, Magnasco n’appartient pas à son époque, à l’évidence, à la fois par sa thématique (en particulier les scènes d’horreur) et sa technique (l’abandon progressif de la couleur). La confrontation avec la peinture aimable de la première partie du XVIIIe siècle est détonnante et l’on aurait du mal à l’identifier à son temps.
Magnasco, et en ceci il est remarquable, est un anachronique à la fois rétrospectif (l’influence des Désastres de la Guerre de Jacques Callot est patente), et prospectif (les peintures romantiques ne sont pas loin).

Par le plus grand des hasards, alors que je pensais à la présente note inspirée par l’écoute de différents interprètes de Bach au piano, la charmante (I presume) VS transcrivait partiellement sur le site de la Société des lecteurs de Renaud Camus le cinquième entretien entre celui-ci et Jean-Pierre Salgas, diffusé le 1er octobre 1992 sur France Culture.
Renaud Camus y développe sa conception des artistes anachroniques (ou anachronistes), notamment en évoquant sa prédilection pour Bonnefoy, Balthus, Chostakovitch, considérés par lui comme faisant partie de cette catégorie, car indifférents à leur temps, ignorés, ou ignorants, de la modernité (des anachroniques rétrospectifs, donc).


C’est précisemment ce caractère totalement anachronique qui m’a frappé à l’écoute du dernier enregistrement de Cyprien Katsaris, consacré à des transcriptions pour le piano d’œuvres de Jean-Sébastien Bach. Résolument hors de notre temps, tant pour le choix des partitions que pour les partis pris d’interprétation, ce pianiste l’est assurément.
Ecoutez son arrangement en forme de Burlesque de la Badinerie de la Suite en si mineur BWV 1067 : n’a-t-elle pas cet inimitable parfum d’autrefois, où l’on osait s’emparer à bras le corps tout à la fois de Bach et du piano ?

Ce disque m’a fait irrésistiblement pensé à une magnifique soirée à la Roque d’Anthéron, en 1991, lors de laquelle Shura Cherkassky a interprété la sixième partita BWV 830. L’élégance le disputait à la nonchalance, la liberté à la précision diabolique et à la virtuosité sans faille. Quelle classe, mais déjà à l’époque quel anachronisme !


Cependant, je fais certainement là preuve d’un excès de classification, une de mes grandes manies. Le dernier mot reviendra à Renaud Camus, répondant à Jean-Pierre Salgas:
«J’aurais le plus grand mal à me définir et je suis bien content que cette charge ne me revienne pas.»

Commentaires

Je présente par avance mes excuses à Zvezdo pour cette note consacrée en partie à des questions d'inerprétation.

Écrit par : Philippe | vendredi, 08 avril 2005

Pour les anachroniques prospectif je croix que l'on parle de plagiaire par anticipation.

Écrit par : Tlön | vendredi, 08 avril 2005

Vous rajouerez les [s] manquants

Écrit par : Tlön | vendredi, 08 avril 2005

le [t] également.

Écrit par : Tlön | vendredi, 08 avril 2005

Gesualdo, dont parlait Selian l'autre jour, rentre pile-poil dans les deux catégories (rétrospectif et prospectif

Tiens, puisque tu cites Callot, tu connais Bellange ?

Écrit par : zvezdo | vendredi, 08 avril 2005

Merci pour le conseil de lecture de Camus, pour le moemnt j'ai réussi à me procurer un PJ Jouve de la collection Poésie/Galimard, pas exactement. Merci aussi à JP Mica.
Anachroniquement.

Écrit par : http://ornithorynque.hautetfort.com/ | vendredi, 08 avril 2005

Il manque aussi un [t] dans mon premier commentaire!
Je trouve que l'on surestime l'intérêt de Gesualdo et son anachronisme (notamment la modernité de ses dissonances) (mais je ne suis pas un grand amateur du prince de Venosa). Monteverdi est bien plus intéressant, dans les perspectives qu'il a ouvertes bien sûr, mais aussi par la perfection à laquelle il a porté l'art du madrigal à cinq voix et de la polyphonie qui le précédait (vraiment rétrospectif et prospectif, mais peu anachronique il est vrai).
Je ne connais pas du tout Jacques Bellange, mais j'adore Jacques Callot (que j'ai découvert à Nancy, naturellement)

Écrit par : Philippe[s] | vendredi, 08 avril 2005

Est-ce qu'on ne peut pas rapprocher l'anachronique de ce que Nietzsche appelle "l'inactuel" ?

Écrit par : Damien | samedi, 09 avril 2005

"..., la charmante (I presume) VS ... "

Vous présumez bien, elle est charmante.

Écrit par : JPB | samedi, 09 avril 2005

Damien me devance !
Ou même : "l'intempestif" des "nuées non historiques" sans lesquelles il n'y aurait pas d'histoire.
Ou alors, ce que Foucault appelait paradoxalement "l'actuel".
Ou encore, peut-être, "l'internel" de Péguy.
En ce sens, la chronique serait-elle celle de la mode ?

Écrit par : Anaximandrake | samedi, 09 avril 2005

Ou ce que Tariq Abdul-Wahad appelle « au fond du panier ».
Sympa la pochette du CD de Bach.

Écrit par : sk™ns | samedi, 09 avril 2005

Je suis surpris de voir dans ta radioblog la présence de Loussier. le coté "cross over" ne m'a jamais convaincu

Écrit par : Tlön | dimanche, 10 avril 2005

Le cross-over me convaint rarement, mais en l'occurence, là il s'agit de Bach, qui résiste à tout, et je trouve que Loussier fait des choses intéressantes.

Écrit par : Philippe[s] | dimanche, 10 avril 2005

pas le temps de tout écouter mais très bien, les Katsaris...

hihi, tu as mis Christ lag in Todesbaden: on a l'impression qu'il prend les eaux...

Écrit par : zvezdo | lundi, 11 avril 2005

Ces reprises jazzy de Bach sont d'une kitchissime et absolue hérésie !

Écrit par : sk†ns | lundi, 11 avril 2005

Loussier, ce n'est pas du cross-over, c'est de la charcuterie putassière.
Je vous conseille désormais le dernier enregistrement d'Alexandre Tharaud (concertos de Vivaldi transcrits par JSB pour le clavier). Le talent et la grâce n'ont rien d'anachroniques.

Écrit par : Benjamin | mardi, 16 août 2005

J'aime bien la charcuterie (c'est génétique). Et Loussier jouerais autre chose que Bach, je n'y aurais pas jeté une oreille.
Conseil superflu: j'ai adoré le disque Rameau d'A. Tharaud, et je me suis précipité sur son disque Bach dès sa sortie. Mais s'il fallait le comparer, ce ne serait pas à Loussier, bien sûr, mais à Katsaris ou Cherkassky (pour en rester aux pianistes cités dans ma note), qui sont anachroniques car leur style est d'une autre époque. A. Tharaud n'est pas anachronique, non pas parce qu'il a la grâce et le talent (qu'il a bien sûr, outre un charme fou), mais parce qu'il n'est pas ignorant de ce qui se fait en matière d'interprétation "baroqueuse", et de ce fait est de notre époque.

Écrit par : Philippe[s] | mardi, 16 août 2005

Tout à fait d'accord. Il est d'une génération post-baroqueuse. Il a d'ailleurs beaucoup travaillé avec Olivier Beaumont pour Rameau. J'aime beaucoup sa démarche de musicien qui comporte une logique très défendable d'évolutionnisme d'une certaine esthétique française de Rameau à Milhaud, en passant par Chabrier Poulenc et Ravel.
Il travaille Chopin en ce moment... Ca lui passera ;)

Écrit par : Benjamin | mercredi, 17 août 2005

Tiens, d'ailleurs, qu'est devenu Benjamin ?

Écrit par : Guillaume | jeudi, 17 mai 2007

Question à double fond (à laquelle je ne répondrai pas à la place des intéressés).
Guillaume se lance dans la spéléologie ?

Écrit par : Philippe[s] | samedi, 19 mai 2007

Cyprien Katsaris : pianiste, compositeur, scientologue ?

http://www.celebritycentreparis.com/Interview-Cyprien-Katsaris-pianiste-concertiste_a7.html

Écrit par : Jean-Paul | mardi, 07 octobre 2008